AU BONHEUR DES DAMES

 Texte par Amélie Gressier

 

« Les glaces, par un jeu calculé, les reflétaient sans fin. […] Le monde s’arrêtait pour les regarder. » Emile Zola, Au Bonheur des Dames

Nous n’avons pas de visage. Nous ne sommes ni tout à fait dedans, ni réellement dehors. Sans la ville, nous n’existons pas. Sans nous, elle serait plus plate. Trop plate.

Nous lui faisons face. Nous l’observons. Elle ne le sait pas.

Entre nous deux, quelques millimètres de transparence, et vous. Vous qui êtes comme nous. Même hauteur, même forme, même volume. Un visage en plus. Des yeux pour voir et regarder. Voir la ville, et nous regarder, nous.

Mais parfois, l’inverse. Et alors, nous observons la ville ensemble. Vous vous mettez de côté, comme ça, légèrement décalé, pour ne pas nous boucher la vue, et vous la voyez de biais, parfois floue, déformée, à la limite de l’abstrait. Vous faussez la perspective. Vous percevez la cité autrement, vous l’envisagez à votre manière, mais quand vous vous retournez, elle est de nouveau là, d’arbres, de pierre et de métal, de bus et de voitures, d’hommes et de femmes. De vous.

Il faudrait que vous nous prêtiez votre visage. Juste un temps. Pour que nous aussi, nous changions de perspective. Pour faire basculer la ville, et la découvrir encore autrement.

 

 

Cette série a été photographiée dans 28 villes de 18 pays.

2016 –

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