2014. Cela fait quelques temps que je passe la majeure partie de mon temps libre à photographier des lieux abandonnés. J’ai déjà fait trois voyages à l’étranger dans ce but : l’Allemagne, l’Angleterre et l’Autriche. Sans parler de nombreuses sorties en Belgique. Je cherche alors une destination plus lointaine où faire de belles et fortes photos de friches. Très vite, je tombe sur Détroit. L’ancienne capitale américaine de l’automobile, après s’être énormément développée de la fin du 19è siècle aux années 30, a connu un déclin dès les années 50. La première usine automobile ferme en 1958, d’autres suivront. Une partie de la population quitte la ville, et ce sont les bibliothèques, centres commerciaux, écoles, etc. qui ferment à leur tour. Bref, en 2014, Détroit est une ville fantôme.

Je commence à faire des recherches pour trouver des lieux abandonnés. J’en trouve énormément, très facilement. Des théâtres, des hôtels, des usines, tout cela abandonné, c’est triste à dire, mais pour moi, ça ressemble au paradis. Je prends des contacts sur place. Rapidement je me rends compte que la ville est mal famée et très dangereuse. Plusieurs urbexeurs locaux me déconseillent de venir seul ou alors en prenant un guide local. La plupart d’entre eux œuvrant comme guide, il était compliqué de savoir s’ils cherchaient surtout vendre leurs services ou pas. En attendant de prendre une décision, je continue mes recherches et je tombe sur un article qui m’apprend qu’un street artiste français que je connais et dont j’adore le travail, Zoo Project, est mort à Détroit. En peignant dans une friche. Il a été assassiné par un groupe de jeune pour lui voler son argent. Les faits se sont déroulés en juillet 2013 et son corps identifié en mars 2014.

A la seconde où je termine cet article, je tire un trait définitif sur Détroit.

Quelques années plus tard, au moment de travailler sur mon livre Wastelands qui présente, sous forme d’abécédaire,  le travail de 26 artistes pour qui la friche a une importance majeure, il m’apparait comme une évidence d’accorder le Z à Zoo Project. Le livre se termine donc par un chapitre hommage pour cet immense artiste qui nous a quittés bien trop tôt.

Après la découverte de cette macabre nouvelle, j’ai laissé ce projet de voyage en suspend pendant de longues semaines.

Rapidement, mon envie de partir vers une destination urbex lointaine revient et après de courtes recherches, je tombe sur Tchernobyl. Ou plutôt sur la Zone d’Exclusion de Tchernobyl, car j’apprends vite que c’est une zone militaire, dont les conditions d’accès sont assez compliquées.

Nous sommes fin 2014. Le business autour des visites de la Zone, et notamment de Pripyat n’en est qu’à ses balbutiements mais existe déjà.

Je me rends compte que quelques tours opérateurs proposent des allers-retours sur la journée depuis Kiev pour une centaine de dollars. Les groupes pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de personnes. Pas du tout ce que je cherche. Je veux y passer plusieurs jours et découvrir les lieux beaucoup plus en détail que ce que ces visites éclair, et groupées, peuvent permettent.

Je creuse donc. Ces tour-opérateurs, proposent bien des séjours sur plusieurs jours mais ils sont hors de prix. J’aurais bien moyen de monter un groupe mais pour une raison que je ne m’explique pas, je veux vivre cette expérience seul. Je sens que je vais prendre une claque et je ne veux pas me retrouver au milieu d’un groupe d’urbexeurs. En trainant sur des groupes facebook liés à Tchernobyl, pour trouver des infos, je tombe sur un ukrainien qui y ait déjà allé une fois et veut y retourner. Il me propose de m’y aller ensemble. Nous discutons plusieurs semaines, je prends un maximum de détails. Je ne pense pas que c’est une arnaque, et il ne me demande pas d’avancer quoi que ce soit.

C’est donc décidé, j’irai à Tchernobyl avec lui, et pour avoir quelques mois de marge pour le billet d’avion, ce sera pour juin 2015 !

J’avais décidé d’y aller seulement trois jours. Cela me paraissait déjà beaucoup mieux qu’un jour et limitait les coûts qui étaient quand même assez élevés. Je ne me rendais pas encore compte de l’étendu de la zone, de sa richesse et donc de ses possibilités en terme de photographie.

Ces trois jours sont donc passé à vitesse grand V, surtout étant donné le fait que la première demi-journée est amputée par la route Kiev-Tchernobyl puis par le temps de régler les formalités administratives et d’installation et que la dernière journée l’est quasiment autant pour la route vers l’aéroport..

Ce premier voyage a été une révélation,  je m’y suis découvert une passion pour l’imagerie soviétique de par la quantité astronomique de vestiges de l’URSS que j’y ai trouvé: statues, posters de propagande, banderoles de slogan, fresques, etc… J’ai su dès ma première journée dans la zone, que j’y reviendrai vite, et de nombreuses fois.  J’avais déjà eu un aperçu de cette imagerie lors de mes études en faisant un travail sur la propagande par la manipulation de l’image. Celui-ci portait très largement sur l’URSS et la période stalinienne. Voir ces vestiges de mes propres yeux à quand même été une révélation et une passion est née.

Statue de Lénine dans le centre-ville de Tchernobyl, une des rares encore debout en Ukraine

(le pays a passé une loi de décommunisation en 2015)

 

Un mois après mon retour, j’étais en Bulgarie pour photographier d’autres vestiges de l’URSS, notamment un théâtre avec écrit au-dessus de la scène en grand caractère cyrilliques : « LA PERSISTANCE ABOUTIT À L’ACCOMPLISSEMENT DES OBJECTIFS » ou encore le plafond circulaire de 60 mètres de diamètres de la Maison-Monument du parti communiste bulgare à Bouzloudja, tout en mosaïques, avec en son centre l’immense emblème du marteau et de la faucille avec écrit autour «PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! » . Je n’ai aucune sensibilité politique pour le communisme, mais quelle force dans ces images.

Je suis retourné à Tchernobyl quatre jours en mai 2016 puis cinq jours en mai 2017. A chaque fois, je visite Prypiat et Chernobyl-2 en m’éloignant un peu plus des sentiers battus. Ainsi la deuxième année, j’ai ajouté à ma liste de bâtiments à Prypiat plusieurs crèches et écoles, la morgue, la clinique dentaire. J’ai également visité Tchernobyl-2 plus en détail avec notamment son hôpital et son école.

Après les premiers jours de ma troisième visite et de nouveaux bâtiments découverts, j’ai décidé de m’éloigner encore plus des sentiers battus et d’aller explorer plusieurs villages isolés de la zone. C’est donc lors de cette visite que j’ai visité Poliske, Krasno et Mashevo, avec notamment leurs écoles bien préservées, et Lelev avec son hôpital également dans de bonnes conditions.

A cette époque, la zone était encore relativement peu visitée, et une grande partie de ses visiteurs n’allaient pas aussi loin et aussi profondément dans la zone. Il était ainsi assez facile de voir de vraies pépites, remplis d’objets datant de l’époque communiste.

« Pour qu’une  multitude des foulards couvrent les ténèbres de la guerre »  Ecole à Lelev

(Le foulard était l’emblème des jeunesses communistes) 

« Immortel est ton acte héroïque, soldat » Ecole à Lelev

Après ces trois premières visites, je commençais à bien connaitre la zone et à y avoir de bons contacts.

Je sentais que j’étais loin d’avoir tout vu et j’avais encore envie de revenir de nombreuses fois.

Je suis un amoureux de Tchernobyl, je m’y sens attiré pour de nombreuses raisons : la nature qui reprend le dessus depuis bientôt 40 ans, la profusion de vestiges soviétiques, la force de l’histoire des lieux (la catastrophe nucléaire).

Le problème est que seul, c’est très cher ! Vraiment très cher !

Même si à cette époque je gagnais bien ma vie et pouvais me le permettre, il fallait quand même être raisonnable. J’ai donc commencé à constituer de petits groupes que j’amène à Tchernobyl.

L’idée est que je constitue des groupes de 6 maximum (moi inclus), ce qui reste assez raisonnable et permet de remplir un Mercedes Vito ou un Renault Traffic. Les frais sont ainsi très largement diminués. Pour les heureux élus que j’amène, c’est « royal au bar », je gère tout de A à Z, chacun à juste à prendre son propre billet d’avion pour Kiev.

Véhicule type devant l’ancien bureau de poste de Pripyat.

J’ai amené mon premier groupe de 5 personnes sur 3 jours en octobre 2018. Puis un groupe de 5 personnes sur 4 jours en février 2019 puis à nouveau 4 personnes sur 5 jours en mai 2019 et 5 personnes sur 5 jours en Octobre 2019.

Groupes devant le signe d’entrée de la ville de Pripyat

 

Groupe devant le café “Pripyat” à Pripyat

 

Groupe devant une fresque soviétique dans le bureau de poste de Pripyat

 

Groupe devant le nouveau sarcophage au-dessus de réacteur 4

 

A chacune de ces visites, je montre aux gens qui m’accompagnent tous les classiques car pour la plupart, il s’agit de leur première visite. J’essaye aussi d’aller photographier quelques nouveaux lieux que j’ai identifiés depuis mon dernier voyage. Ainsi chaque voyage n’est pas un éternel recommencement mais bien un approfondissement de mon exploration de la zone. Sans compter que des visites à différentes périodes de l’année amènent des conditions différentes notamment de lumières et de végétation. Ainsi venir en hiver permet d’avoir de la neige, et aucune feuille sur les arbres ce qui permet de mieux voir les façades des bâtiments. J’ai ainsi découvert certains slogans de propagande sur des bâtiments lors de mes cinquième et sixième voyages alors que j’avais visité ces lieux à chaque fois. Le printemps et l’été amènent des journées plus longues permettant plus d’exploration, permettent le retour de la nature avec parfois de belles scènes. L’automne amène quant à lui de belles couleurs avec les feuilles qui passent en quelques jours par toutes les nuances de jaunes, oranges et rouges.

Slogan « La santé du peuple, la richesse du pays ! » visible uniquement en hiver sur l’hôpital de Prypiat.

 

Depuis mes dernières visites, j’ai accès à la centrale nucléaire. Il est ainsi possible de visiter les salles de contrôles de différents réacteurs ainsi qu’un réacteur lui-même. L’un de ceux qui ont été éteint normalement, bien entendu !

Salle de contrôle du réacteur 2         

                         

Salle de contrôle du réacteur 3

 

Réacteur 3

 

J’avais prévu de faire 3 voyages en 2020 avec 3 groupes mais le coronavirus en a décidé autrement.

Le prochain est prévu pour mai 2021, on croise les doigts !      

Tchernobyl ne se visite pas comme n’importe quel lieu abandonné. Son background lui donne un côté particulier. J’avais un an au moment de l’accident et n’en ai donc aucun souvenir. Mais en grand consommateur de documentaires télévisés, j’en ai entendu parler régulièrement pendant toute mon enfance.

C’est assez rare de visiter un lieu abandonné et de pouvoir en connaitre l’histoire. Cette connaissance rajoute de l’intérêt à la visite. Quand en plus cette histoire est tragique, la visite est d’autant plus forte.

Visiter Tchernobyl est comme lire des pages de livres l’histoire, être téléporté 40 ans en arrière à l’époque de l’URSS.

Si vous êtes intéressés par une visite, je suis à peu près tout le temps en constitution de groupe, donc n’hésitez pas à m’écrire  via le formulaire de contact. Si vous êtes déjà un groupe de 5, c’est parfait, on part quand vous voulez (prévoir entre un mois ou deux de délai pour les papiers). Si vous êtes moins, je peux vous greffer à un groupe. J’ai régulièrement des personnes seules ou à deux en attente. Dans ce cas, nous choisirons des dates qui conviennent à tout le monde !