LES JEUX SONT FAITS

 Texte par Amélie Gressier

Il y a forcément eu un dernier. Et dès qu’il y a un dernier, on oublie le premier. Surtout quand ce n’était pas prévu, quand ça ne devait pas arriver. Quand ça impose un silence que personne n’attendait.

Avant le dernier, des cris, des scores, des discussions stratégiques, des négociations. Des « plus vite ! » et des « plus fort ! ». Des rires. Des insultes. Des coups de sifflet, des comptines pour enfants et des chants pour vainqueurs.

Puis un jour, sans qu’on s’en rende compte, le dernier match, le dernier tour. La dernière glissade, l’ultime élancement de la balançoire, jambes tendues, jambes pliées, bras tendus vers le panier, bras repliés en accolades et en embrassades. Et après, le silence.

Le silence, vraiment ?

Parfois, le son de la pluie qui s’abat sur le métal ou le béton, la neige qui fond goutte à goutte, les chaînes qui grincent dans le vent. Mais ces sons n’empêchent pas le plus spectaculaire de s’épanouir sans un bruit, pour tout recouvrir, saison après saison. Si les voix s’élevaient toujours, elles auraient empêché cette disparition lente. Car de l’abandon est né le silence, et avec lui la tranquillité. Puis des graines ont germé et des pousses sont sorties de terre. Des lianes ont grandi, et tout a proliféré.

Les terrains ne sont finalement pas si immobiles. Les jeux sont faits – mais la partie n’est pas terminée.

2015 –

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