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Jonk, 35, Paris

Jonk découvre la photographie à 11 ans quand ses parents l’envoient en voyage linguistique aux Etats-Unis, où chacun des dix enfants formant le groupe vit avec une famille d’accueil différente. Les quelques clichés souvenirs réalisés à l’aide des fameux appareils oranges jetables sont ses premiers. Durant les six années qui suivent, il part chaque hiver chez une nouvelle famille dans un état différent, et améliore entre temps son matériel avec un boîtier argentique d’entrée de gamme.

Après l’avoir troqué pour un appareil numérique de poche, il réalise son premier voyage en solitaire, à 19 ans. Ce séjour à Barcelone change sa vie, et il en revient avec deux passions qui ne le quitteront plus : les voyages (il a depuis visité plus de 70 pays) et les arts urbains (street art et graffiti), dont la découverte lui a donné son premier sujet photographique, et qui l’occupe encore aujourd’hui.

Vivant à Paris, il découvre l’exploration urbaine à la fin des années 2000 avec la toiturophilie, les métros et les catacombes non-officielles. Il trouve alors un deuxième sujet passionnant: documenter la face cachée de la ville et investit dans son premier appareil reflex, un APS-C. Grimper sur les toits pour la voir d’en haut, se promener la nuit dans le métro ou passer des journées entières dans les catacombes à explorer ses dizaines de kilomètres de galeries et salles creusées dans la roche, il trouve dans cette activité une grande excitation, l’adrénaline qu’il cherche dans sa vie. Ces explorations urbaines, et ses recherches de photographies inédites de graffiti, l’amènent rapidement dans des lieux abandonnés, où les graffeurs vont souvent peindre pour être seuls, tranquilles, et prendre leur temps pour réaliser de plus grandes et plus belles peintures. Après quelques temps à fréquenter ces artistes, il commence lui-même à peindre dans ces lieux, d’où le surnom «Jonk ». A cette époque, il colle également ses photos de voyages dans la rue.

A visiter des lieux abandonnés à la recherche de graffitis, il réalise l’intensité des atmosphères et la beauté du spectacle du passage du temps : la rouille, les murs fissurés, la peinture qui s’écaille, les fenêtres cassées, la Nature qui reprend le dessus créent des scènes incroyables, d’une grande photogénie. Pour lui, tout cela est d’une infinie poésie.

Voyager, peindre, coller, photographier, vagabonder sur les toits, dans le métro ou les catacombes,  un travail très prenant ne lui laisse alors plus le temps de tout faire. A l’heure des choix, il lâche la bombe, le pot de colle, l’altitude et les souterrains pour rester avec la photo de friche, même s’il n’a jamais abandonné son blaze, symbole de sa période graffeur, très importante pour lui. Il continue alors à voyager, quasiment exclusivement à la recherche de lieux abandonnés, avec ou sans graffiti. Il améliore encore son matériel avec un, puis deux, reflex full frame.

Aujourd’hui, il en a visité plus de mille-cinq-cents dans une cinquantaine de pays sur quatre continents. 

Avec le temps, son intérêt se concentre sur ce qui lui est apparait le plus fort dans ce vaste sujet de l’abandon: les lieux repris par la Nature. Il est poétique, presque magique, de voir cette Nature reprendre ce qui a été sienne, réintégrer par des fenêtres cassées, des fissures, les espaces construits par l’Homme puis délaissés, jusqu’à les engloutir totalement.

Ce thème s’est imposé à lui naturellement de par la conscience écologique qui l’anime depuis son plus jeune âge et la force du message qu’il porte : la question de la place de l’Homme sur Terre, et de sa relation avec la Nature. Elle est plus forte, et quoi qu’il advienne de l’Homme, Elle sera toujours là.

En mars 2018, il sort le livre Naturalia sur le sujet et travaille actuellement sur le volume II.

En juin 2018, à 33 ans, il quitte une carrière dans la finance pour se consacrer exclusivement à ce projet. A travers cette série, et avec ses modestes moyens de photographe, Jonk essaie de contribuer à relever le défi écologique qui se présente à l’Homme en tentant d’éveiller la conscience de tout un chacun.

Depuis, quatre autres livres sont sortis et son travail a été publié sur de prestigieux supports papiers (Der Spiegel, Corriere della Sera, Le Monde, Télérama…) ou internet (National Geographic, New York Post, Smithsonian, ArchDaily, AD, BBC, Lonely Planet…). Il a été présenté lors de nombreuses expositions collectives à travers le monde (Paris, Londres, Lisbonne, Rome, Athènes, Budapest, Moscou, Séoul, Tokyo, Los Angeles, Palm Springs, New York…) et de nombreuses expositions personnelles à Paris, les principales ayant eu lieu au Salon d’Honneur de la Mairie du 20ème arrondissement, à l’OCDE, au Forum des Halles et à la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme.

De nombreuses expositions de Naturalia sont prévues pour 2020 et 2021.

Jonk est inspiré par les anciens mots de Volney et les modernes d’Alain Schnapp, par la peinture d’Hubert Robert et la photographie d’Eugène Atget, de Bernd et Hilla Becher et de Chris Killip. Le travail d’Eugène Atget sur le Paris de la fin du XIXe siècle est fondateur pour Jonk. Ses clichés de rues vides où on ne voit âme qui vive respirent paradoxalement l’activité humaine. Inspirant Man Ray et sa non moins fameuse assistante Bérénice Abbott, celle-ci dira d’Atget que son travail foudroyant permet de décrire et interpréter le monde grâce à sa photographie « pure ». Les moyens employés par Atget pour transmettre l’image ne s’immisçaient jamais entre le sujet et l’observateur. Ainsi, Atget intitule l’une de ses images : Cour, 41 rue Broca (1912). S’effacer derrière ce qu’il veut montrer est le leitmotiv de Jonk. Intitulant simplement un cliché, Château, France, il laisse toute la place à la réflexion de l’observateur. C’est cette sobriété qui l’attire également dans le travail de Bernd et Hilla Becher. Leur création d’images « objectives » de patrimoine industriel en voie de disparition résonne fortement en Jonk. Il en a élargi le spectre à toute la civilisation et y a ajouté une pensée écologique. Enfin, la découverte des photographies de Chris Killip l’a poussé dans cette notion primordiale d’accessibilité aux sujets. En réalisant son travail sur la désindustrialisation du nord de l’Angleterre, Killip a été confronté à des communautés ouvrières très réfractaires à l’objectif du photographe. A force de détermination, et au bout de plusieurs années, il s’est fait accepter par ces communautés et à réaliser un travail jamais égalé. Ce sont ces mêmes détermination et quête de l’accessibilité qui animent Jonk quand il s’agit de parcourir de monde à la recherche de lieux abandonnés et surtout quand il est question d’y pénétrer pour les photographier ce qui s’apparente parfois à des opérations militaires.

« Car les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus» Marcel Proust